Ma première collab, je m'en souviens comme si c'était hier. C'était avec l'UNICEF. J'avais été contactée par une agence de marketing d'influence, et quand j'ai reçu le mail, ma première réaction a été : « Attends, c'est faux, ce n'est pas possible. »
J'ai couru voir ma mère avec mon téléphone. « Maman, regarde, ma première collab, qu'est-ce que je fais ? » Elle m'a dit d'y aller. J'ai eu de la chance sur ce point : mes parents m'ont poussée dès le départ, ils m'ont aidée, ils n'ont jamais levé les yeux au ciel.
Le montant de cette première collab : 75 euros. Il faudrait que je retrouve la facture, mais c'était bien ça. Et moi, j'étais en mode « waouh, je peux être payée pour créer du contenu ».
Aujourd'hui, je suis à plus de 1 500 euros pour un seul reel, et autour de 2 000 euros par campagne. Entre les deux, il n'y a pas eu de coup de chance. Il y a eu des choses très concrètes que j'ai comprises, souvent en me faisant avoir d'abord.
Je te raconte tout en vidéo, et je détaille chaque étape en dessous.
75 euros, et pourquoi j'ai dit oui quand même
Avec le recul, 75 euros pour une collaboration, c'est très peu. À l'époque, ce n'est pas du tout ce que j'ai vu. J'ai vu qu'une marque était prête à me payer pour un contenu que j'aurais fait de toute façon. C'est assez fou de se dire qu'on te paie pour faire un truc que tu adores. Encore aujourd'hui, je travaille tous les jours et je suis payée pour ce que j'aime.
Mais il y a une deuxième raison, et c'est celle qui compte vraiment quand tu débutes. En acceptant, je suis rentrée dans la base de données de l'agence.
C'est un détail que personne ne t'explique. Les agences d'influence travaillent avec des listes de créatrices qu'elles connaissent, qu'elles ont déjà testées, dont elles savent qu'elles rendent le contenu à l'heure. Une fois que tu es dans cette liste, tu ne cherches plus les collabs : elles arrivent.
Et c'est exactement ce qui s'est passé. Après l'UNICEF, la même agence m'a proposé une autre collab, puis une autre, puis une autre. Cette agence, je travaille encore avec elle aujourd'hui. C'est même celle qui me rapporte le plus de collaborations, celle qui fait la plus grosse part de mon chiffre d'affaires. La première agence avec laquelle j'ai bossé pour 75 euros est celle qui me fait vivre aujourd'hui.
Ce qui m'a gardée dans la liste
Je n'ai pas été rappelée par hasard. J'ai toujours été assez pro, et sur ce marché, ça suffit à te démarquer d'une bonne moitié des profils :
Je respectais les délais. Le contenu était rendu à la date prévue, pas trois jours après en s'excusant.
Mes tarifs n'étaient pas excessifs au début. Ils correspondaient à ce que je valais à ce moment-là.
Je montais mes prix petit à petit, en même temps que ma qualité et mon audience.
Je ne discutais pas chaque brief pendant deux semaines. Je posais mes questions une fois, puis je livrais.
Sur les tarifs, je vois beaucoup de créatrices faire l'inverse. Elles se sur-tarifent dès la première demande, parce qu'elles ont lu quelque part qu'il ne faut jamais se brader. Et forcément, si tu es trop chère pour ce que tu apportes, on ne va pas vouloir travailler avec toi. On prendra quelqu'un d'autre, et tu ne sauras même pas que tu as été écartée.
Pour moi il faut avancer tout doucement : ta qualité progresse, ton audience progresse, tes tarifs suivent. Dans cet ordre. Pas l'inverse.
Aujourd'hui : plus de 1 500 euros pour un reel
Je ne suis plus du tout sur les 75 euros du début. Aujourd'hui, je suis à plus de 1 500 euros pour un reel. Seulement un reel.
Et en général, une marque ne te demande pas juste un reel. Pour une campagne d'influence, on me demande des stories plus un reel, parfois de la publicité en plus. Je tourne donc aux alentours de 2 000 euros par campagne, donc par collab.
Ce qui change le prix, ce n'est pas la longueur de la vidéo. C'est ce que la marque a le droit de faire avec.
Les droits d'image, c'est là que tout se joue
Quand une marque te demande de faire du ad, autrement dit d'utiliser ton contenu en publicité payante, tu ne vends plus un contenu. Tu vends ton image et tes droits d'utilisation.
Concrètement : je fais des collabs de base à 2 000 euros. Si la marque veut utiliser mon image pendant un an, je peux monter à 5 000, 6 000, 7 000 euros pour la même collab. Le contenu produit est identique. Ce qui coûte plus cher, c'est le droit d'exploitation.
C'est important de connaître ce vocabulaire, et de savoir ce qu'il y a derrière. Parce que si tu ne sais pas ce que tu signes, tu signes tout.
Ce que j'ai signé sans comprendre
Je vais être franche : au début, je me suis fait avoir. J'ai vendu mon image, j'ai signé des contrats sans lire la partie sur les droits.
Je ne serais pas surprise de voir un jour ma tête sur un panneau à Times Square, parce que j'ai signé un truc avec une marque où j'ai accepté qu'on m'affiche en grand, quelque part, sans limite. Et je n'aurais aucun recours. C'est ça qui est fou.
Maintenant je sais exactement ce que je dois signer et ce que je ne dois pas signer. Ou alors, si je signe, c'est payé au bon prix. Tu veux m'afficher en grand sur Times Square ? D'accord. Mais tu vas me payer beaucoup d'argent pour le faire.
Je suis sûre qu'il y en a plein, dans le milieu, qui se font avoir en ce moment même. Pas par méchanceté de la marque : simplement parce que personne ne leur a expliqué.
Gagner plus sans créer plus
C'est la partie la plus intéressante, et celle que presque personne n'exploite. Tu pourrais clairement gagner plus d'argent sans rien faire de plus.
Tu ne crées pas plus de contenus. Tu vends juste des services supplémentaires autour du contenu que tu as déjà produit. Par exemple : « Est-ce que vous voulez sponsoriser ma publication ? »
Si la réponse est oui, c'est X euros par semaine en plus pour utiliser mon image. Et ensuite il se passe une chose très simple : la marque voit que la publicité fonctionne bien, alors elle reconduit, elle repaie. Tu peux vraiment arriver à des budgets à cinq chiffres, sans rien produire de plus.
Le contenu est déjà tourné, déjà monté, déjà en ligne. Ce que tu factures en plus, c'est du temps de diffusion. C'est la différence entre une créatrice qui vend des vidéos et une créatrice qui vend une audience et une image.
Ce que je ferais si je recommençais aujourd'hui
Si je devais repartir de zéro, voilà l'ordre dans lequel je m'y prendrais.
Accepter la première collab, même petite, si la marque et l'agence sont sérieuses. L'objectif de la première collab n'est pas l'argent, c'est d'entrer dans une base de données.
Livrer dans les délais, systématiquement. C'est ce qui déclenche la deuxième demande.
Monter mes tarifs par paliers, à chaque saut de qualité ou d'audience, plutôt que d'annoncer un prix que je ne peux pas encore justifier.
Lire la clause de droits d'image de chaque contrat avant de signer, et demander la durée, les supports et les territoires.
Facturer séparément le contenu et son exploitation publicitaire.
Proposer moi-même la sponsorisation, au lieu d'attendre que la marque y pense.
Tu ne gagnes pas plus en créant plus. Tu gagnes plus en sachant ce que tu vends.
L'autre côté du téléphone
J'ai travaillé des deux côtés, et c'est ce qui m'a le plus servi. En agence d'influence, c'est moi qui choisissais les créatrices et qui construisais les budgets. Je voyais exactement pourquoi un profil était retenu et un autre écarté, et à quel moment un tarif faisait sourire tout le monde dans la réunion.
Si tu es de l'autre côté, si tu tiens un institut, un salon, une boutique, un cabinet ou un restaurant et que tu veux travailler avec des créatrices, j'ai mis tout ce que je sais dans un guide gratuit : L'influence mode d'emploi. Cinquante et une pages sur qui choisir, combien payer, quoi écrire, comment briefer. C'est le même sujet vu depuis le fauteuil de la marque, et ça t'aidera aussi à comprendre comment se construisent les tarifs dont je parle ici.
Par où commencer cette semaine
Tu n'as pas besoin d'un million d'abonnés pour appliquer tout ça. Tu as besoin de trois choses.
Écris noir sur blanc ton tarif pour un reel, un lot de stories, et une campagne complète. Un chiffre, pas une fourchette floue que tu improvises dans le mail.
Ajoute une ligne « droits d'utilisation » à ta grille, avec un prix pour trois mois, six mois et un an.
Reprends ton dernier contrat signé et cherche le mot « image » ou « exploitation ». Si tu ne trouves rien, tu sais déjà ce qu'il te reste à négocier la prochaine fois.
Ce n'est pas grand-chose. Mais entre une créatrice qui répond « ça dépend » et une créatrice qui envoie une grille claire en trois lignes, la marque choisit toujours la deuxième.
Et si le vrai blocage n'est pas le tarif mais le fait de te montrer, commence par là : j'explique dans mon article sur la peur du face caméra comment ça se travaille, par étapes. On ne facture pas 2 000 euros une visibilité qu'on n'ose pas prendre.
Si tu veux qu'on regarde ensemble tes tarifs, tes contrats et ta façon de démarcher les marques, candidate à l'accompagnement. Je lis chaque candidature personnellement.
Et si tu bloques encore sur la première phrase de tes vidéos, celle qui décide si on te regarde ou pas, télécharge le Hook Book. C'est gratuit.


